Le Rosaire de France
ou le théâtre à l’école d’Henri Ghéon
Le génie d’Henri Ghéon, dramaturge du XXe siècle, fut de mettre à profit ses talents d’auteur au profit d’œuvres théâtrales pour la défense de la foi catholique. L’une de ses plus belles œuvres est sans doute Le Rosaire de France. À travers cette pièce de théâtre, Ghéon nous fait parcourir l’extrême richesse de l’histoire de France, à travers les trois mystères du rosaire : mystères joyeux, douloureux et glorieux. Le parallèle est touchant et l’on se prend à espérer une résurrection pour la France.
Tout commence avec l’entrée sur scène de la Vierge Marie. Le tableau est dressé, le dialogue commence entre la Vierge et les archanges :
La Vierge : Oh, le beau pays !
Michel et Gabriel : En effet.
La Vierge : A-t-il déjà un nom ?
Michel : La Gaule.
Gabriel : On dira la France, plus tard.
Ghéon poursuit son œuvre avec différents tableaux, exprimant simultanément le mystère du rosaire correspondant, et faisant le lien avec l’histoire de France. Sa perspective est chronologique pour être aussi pédagogique. La Vierge Marie le résume ainsi :
« Tu seras pareille à moi,
dans la joie, la peine et la gloire.
Et pareille à mon Fils en son voyage aventureux sur la terre de l’homme où Il a pris la figure d’un homme, sa condition, son péché,
et l’a racheté de son sang. »
« C’est dit, je revivrai mes joies, mes peines et mes espérances,
en union avec les tiennes, ô Fille Aînée de l’Église de Jésus-Christ ! »
Laissons aux amateurs de théâtre la surprise de découvrir les magnifiques parallèles que l’auteur développe au fil des pages. Arrêtons-nous seulement sur les méditations des mystères douloureux qui ne sont pas sans similitudes avec l’époque actuelle. L’annonce des douleurs est faite par la Vierge Marie :
« Ô France, rassemble ton courage. J’entends gronder la roue de la Douloureuse Passion. Écoute donc,
ô Fille Aînée de l’Église du Christ,
ce sera le Christ en personne,
sa vérité, sa charité et sa justice,
que Satan tentera d’étouffer
au cœur de tes fils,
tu assisteras à la mort du Christ
dans tes palais, dans tes chaumières ;
tu porteras sa croix,
tu y seras couchée comme je le fus. »
L’heure de la Révolution a sonné. La France connaît successivement l’agonie de Gethsémani, puis la flagellation, le couronnement d’épines, le portement de la Croix et la mort sur le Calvaire. Les démons déferlent sur la France.
Mais l’aventure de la France ne s’arrête pas là. Et tandis que le flot de la mort a surgi sur le pays, le XIXe siècle voit refleurir la foi et la mission dans le pays et dans le monde entier. L’Esprit-Saint souffle un vent de nouvelle Pentecôte sur le pays qui a connu la ruine de la Révolution. La Vierge apparaît et console le pays et son peuple. Enfin, elle prophétise et conseille à la fin de la pièce :
« Ô France, il y aura de mauvais jours, de pires jours.
Mais garde ta main dans la mienne !
[…] Par toutes les traverses,
par toutes les épreuves,
[je] vous conduirai à [votre] fin. »
Crédit photo : © Finoskov

