Le vent de Pentecôte continue de souffler !
Homélie pour la solennité de Pentecôte - Année A
Dimanche 24 mai 2026
Aujourd’hui, le mythe est dépassé par la réalité : c’est Dieu lui-même qui descend nous offrir la flamme de son amour
En ce jour de Pentecôte, nous sommes invités à revivre l'expérience des apôtres et des premiers disciples réunis à Jérusalem, cinquante jours après Pâques. Le vent a soufflé sur eux, un feu est descendu, et ils ont connu une transformation radicale qui a changé à jamais leur vie. Cette expérience, nous sommes nous aussi invités à la vivre en ce jour.
Pour cela, nous pouvons porter notre regard sur chacune des deux manifestations de l’Esprit de Pentecôte : le vent violent et les flammes de feu.
Tout d’abord, il y eut un vent violent. Le vent qui a soufflé sur les Apôtres n'est pas un vent ordinaire : il n’est autre que le souffle même de Dieu. Celui dont il est question dans la Genèse, lorsqu'il est dit que le souffle de Dieu planait sur les eaux. Celui que Dieu insuffla en Adam pour lui donner l'haleine de vie.
Ce souffle de vie, l'évangéliste nous dit que Jésus l'a remis sur la croix en rendant son dernier soupir, et que, repris lors de la résurrection, il l’a répandu sur ses disciples réunis au Cénacle le soir de Pâques. Au jour de Pentecôte, le souffle de Dieu, porteur de sa propre vie, est donné en surabondance aux apôtres. Le récit des Actes précise en effet qu’il « remplit toute la maison ». Cette maison, c’est l’Église. Toute l’Église reçoit, avec les apôtres, ce souffle vivant de Dieu.
Mais à Pentecôte, l’Esprit-Saint a également pris la forme de langues de feu.
Ce feu s’était déjà manifesté dans le buisson ardent. C'est un feu qui brûle, éclaire et réchauffe, mais sans consumer ni détruire celui qu’il embrase. Le feu descendu sur les Apôtres est celui de l’amour divin, celui-là même qui brûle le Cœur de Jésus. Les langues de feu signifiaient donc le don de la charité. À Pentecôte, l’Amour qui unit le Père et le Fils est offert aux apôtres. Et sitôt reçu, il les emporte dans son élan, les poussant à proclamer ouvertement les merveilles de Dieu dans un langage que chacun peut comprendre.
Deux mille ans après cet événement historique, le vent violent et les langues de feu ne sont plus visibles. Mais leur action ne s’est pas achevée pour autant. Le vent de Pentecôte continue de souffler, et la flamme reçue par les Apôtres ne s’est pas éteinte.
En effet, bien des cœurs à travers l’histoire ont revécu l'expérience des premiers disciples, se laissant remplir du souffle de l'Esprit-Saint et embraser par la flamme de sa charité. L'histoire de l'Église est la manifestation permanente de cette action. Sans l'Esprit-Saint, comment comprendre le courage des martyrs ? Sans l'Esprit-Saint, comment expliquer la générosité des missionnaires partis au loin ? Sans lui, comment concevoir la délicatesse de ceux qui se sont donnés jusqu’à l’héroïsme aux plus petits et aux plus méprisés ?
Aujourd'hui encore, l'Esprit-Saint offre à une multitude de chrétiens de se sanctifier dans le secret. C’est lui qui inspire aux pères et aux mères de famille le don quotidien d'eux-mêmes pour leurs enfants. C’est lui qui pousse les religieux et les prêtres à se consumer d’amour pour Dieu et pour le salut des âmes.
La mythologie grecque raconte qu’un homme, Prométhée, avait voulu monter jusqu’aux dieux pour leur dérober le feu qu’ils gardaient jalousement. Aujourd’hui, le mythe est dépassé par la réalité : c’est Dieu lui-même qui descend nous offrir la flamme de son amour.
Si nous l’acceptons, notre existence quotidienne sera illuminée d’une clarté nouvelle. Le Saint-Esprit purifiera nos défauts et déploiera nos qualités. Il deviendra ce surcroît de vie qui fera de notre existence une aventure belle et accomplie.
Aussi, avec la Vierge Marie et les apôtres, décidons à notre tour de nous laisser remplir du souffle de l'Esprit-Saint et embraser par son feu. Nous comprendrons alors que la Pentecôte n’est pas seulement un événement du passé, mais qu’elle est une réalité toujours vivante, capable de nous renouveler, et de renouveler la face de la terre.