Sans cette nourriture divine, nous périssons !
Homélie pour la Solennité du Corpus Domini - Année A
Dimanche 7 juin 2026
L'Eucharistie est la source de la grâce !
Nous célébrons en ce jour la solennité du « saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ ». Nous avons entendu une évocation de la situation du peuple de Dieu durant l’Exode – ces quarante années de marche dans le désert. Dieu est un éducateur : « Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne. » Oui, en cette vie qui est notre marche vers la terre promise, Dieu nous fait souvent sentir la faim. Mais il nous donne à manger la manne. Cette manne, c’est lui-même, lui, Jésus, Notre Seigneur, le Pain vivant descendu du Ciel. Et sans cette nourriture divine, nous périssons : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. »
L’Église est ce peuple de Dieu en marche vers le Royaume. Et sans cette nourriture, elle périt. L’Église est eucharistique ou elle n’est pas. L’Église vit de l’Eucharistie. Sans l’Eucharistie elle meurt. Saint Carlo Acutis, à l’âge de douze ans environ, avait écrit :
« Les sacrements ne sont pas sept mais six plus un. Six donnent ou restituent la grâce. L’un d’eux, l’Eucharistie, est la source de la grâce. (…) De même que la terre tourne autour du soleil, l’univers entier, avec toutes ses galaxies, ses étoiles et ses planètes infinies, tourne autour de l’Eucharistie ! »
En ce dimanche, nous pourrions évoquer deux signes de la liturgie qui manifestent notre foi en la présence réelle de Notre Seigneur dans son Saint Sacrement.
Tout d’abord la procession du saint Sacrement. Malheureusement, cette procession de la Fête-Dieu s’est perdue en bien des lieux, et pour des raisons parfois graves, liées à la perte de la foi de nombreux chrétiens en la présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie. Grâce à Dieu, on assiste à un retour – encore timide, mais réel – de ces processions eucharistiques.
Dans la dernière homélie qu’il avait prononcée en la solennité du Corpus Domini, Benoît XVI disait :
« Je voudrais aussi souligner que le sacré a une fonction éducative et que sa disparition appauvrit inévitablement la culture, en particulier la formation des nouvelles générations. Si, par exemple, au nom d’une foi sécularisée qui n’aurait plus besoin des signes sacrés, on abolissait la procession du Corpus Domini dans la ville, le profil spirituel de Rome se trouverait "aplati" et notre conscience personnelle et communautaire s’en trouverait affaiblie. »[1]
Ici, nous vivrons notre procession dans deux semaines, à l’occasion de notre journée de pèlerinage. Et c’est chaque année une joie que d’entourer de notre vénération Notre Seigneur qui se rend présent dans cet admirable mystère.
Un second signe liturgique, qui manifeste notre foi, est l’ « amen » que nous répondons lorsque nous recevons la communion. Lorsque le prêtre, ou le diacre, nous donne la communion, répondre clairement « amen » est une façon très belle de proclamer sa foi en la présence réelle de Celui que nous recevons. Le prêtre nous dit : « Le Corps du Christ ». Et avec foi, nous répondons : « amen ».
La réforme liturgique voulue par le concile Vatican II a remis en honneur cette parole très importante, que la liturgie avant le concile avait perdue : c’est le prêtre qui disait lui-même le « amen », et le fidèle ne disait rien. C’était un manque, et en cela aussi, la réforme liturgique a remis en honneur un élément profondément traditionnel. En effet, saint Ambroise écrivait au IVe siècle :
« Ce n'est pas sans raison que tu dis : "amen", reconnaissant dans ton esprit que tu reçois le Corps du Christ. Quand tu te présentes, le prêtre te dit en effet : "Le Corps du Christ." Et tu réponds : "amen", c'est-à-dire : "c'est vrai". Ce que la langue confesse, que la conviction le garde. »[2]
Quelques années plus tard, saint Augustin ajoutait que répondre « amen » est une manière de s’engager à ce que le mystère que nous recevons soit le centre de notre vie. En recevant le Corps du Christ, nous recevons la grâce pour être un membre vivant et cohérent de ce corps. Notre « amen » est donc aussi une promesse de vivre de ce mystère que nous recevons. Saint Augustin disait en effet :
« Puisque vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre mystère à vous qui est placé sur la table du Seigneur ; c’est votre mystère que vous recevez. C’est à l’affirmation de ce que vous êtes que vous répondez : "amen", et votre réponse est comme votre signature. On vous dit : "Le Corps du Christ", et vous répondez : "amen". Soyez donc membres du corps du Christ, pour que soit vrai votre amen. »[3]
Ainsi, ce « amen », qui est une véritable profession de foi au moment même de communier, est éminemment traditionnel. Soignons – notamment en ce jour, en recevant la communion – ce mot si beau et si expressif, qui est comme notre signature pour coopérer à ce mystère et le faire passer dans noter propre vie.
En ce dimanche où nous honorons et adorons son Fils dans le Saint Sacrement de son Corps et de son Sang, que la Vierge Marie emplisse notre cœur de l’esprit d’adoration et de reconnaissance qui était le sien, elle qui, premier tabernacle habité par son Fils, avait alors chanté : « Magnificat ! »
En vidéo !
[1] BENOÎT XVI, Homélie pour la solennité du Corpus Domini, 7 juin 2012
[2] Saint AMBROISE, De sacramentis, 4, 25
[3] Saint AUGUSTIN, Sermon 272