Nous avons oublié l'identité profonde du prêtre
Homélie pour le 11e Dimanche du Temps ordinaire - Année A
Dimanche 14 juin 2026
Oh ! Que le prêtre est quelque chose de grand ! […] Si on comprenait bien le prêtre sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d’amour.
Le mois de juin est traditionnellement celui où nous célébrons les ordinations sacerdotales. À cette occasion, tout le Peuple de Dieu est invité à prier pour que Dieu suscite de nouvelles vocations, mais aussi pour qu’il réconforte nos prêtres et qu’il les sanctifie.
En ce 11e dimanche du temps ordinaire, les lectures que nous venons d’entendre évoquent toutes d’une manière ou d’une autre le mystère du sacerdoce. Saint Paul, dans sa lettre aux Romains, a tout d’abord élevé nos regards vers ce qui constitue le cœur battant de la vie sacerdotale : le Sacrifice du Seigneur. En effet, c’est par son sang versé au cours de sa Passion que Jésus nous a sauvés, lui qui est le Grand Prêtre par excellence. Dans l’Ancien Testament, les nombreux sacrifices d’animaux avaient pour but de disposer le cœur des Hébreux à recevoir un jour la grâce de la purification. De fait, ils ne pouvaient guérir totalement, ni définitivement, le cœur de l’homme blessé par le péché. En réalité, c’est dans le sacrifice de Jésus sur la Croix, et dans ce sacrifice seulement, que toute l’humanité a été purifiée. Selon les mots de saint Paul, le sang de Jésus nous a réconciliés avec Dieu et nous libérés de sa colère.
Mais une question demeure : comment les grâces du sacrifice du Seigneur nous sont-elles données ? Si un trésor infini nous a été acquis, encore faut-il qu’il parvienne jusqu’à nous. Là devrait résider notre grand motif de préoccupation, puisque là est la préoccupation du Seigneur. Dans l’Évangile de ce jour, nous voyons le Cœur de Jésus étreint d’une véritable compassion devant les foules immenses en attente des ministres du salut. Pour lui, quelle tristesse de penser à ces multitudes avides de rencontrer l’amour de Dieu, mais qui ne le peuvent, faute de pasteurs établis pour cela !
Avec son langage tout simple, le saint Curé d’Ars disait à ses paroissiens : « À quoi servirait une maison remplie d’or, si vous n’aviez personne pour ouvrir les portes ? Le prêtre a la clef des trésors célestes : c’est lui qui ouvre la porte ; il est l’économe du Bon Dieu, l’administrateur de ses biens. […] Les peuples païens ne pourront pas comprendre le bienfait de la rédemption, tant qu’ils n’auront pas de prêtres. […] Là où il n’y a plus de prêtre, il n’y a plus de sacrifice, il n’y a plus de religion. […] Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre : on y adorera les bêtes ».
Dans sa bonté, Jésus a donc institué les Douze comme dispensateurs du salut, en pleine dépendance de Lui. Les prêtres, quant à eux, coopèrent à cette mission d’offrir l’unique sacrifice du Christ. Ils sanctifient, enseignent et guident le troupeau qui leur est confié.
Aujourd’hui, nous ne le savons que trop, le sacerdoce traverse une crise. Non seulement parce que nos diocèses et nos communautés manquent cruellement de vocations, mais plus encore parce que la beauté et la grandeur du sacerdoce nous sont devenues comme étrangères. En effet, derrière les revendications en tous genres pour repenser le ministère — de l’ordination des femmes à l’abolition du célibat — se cache un grand aveuglement. Ces revendications expriment notre perte du sens de la foi. Car le prêtre n’est pas un fonctionnaire, ni le manager d’une équipe pastorale. Son efficacité profonde n'est pas celle d'un gestionnaire ou d’un expert. Cette vision mondaine oublie l’identité profonde du prêtre, configuré par l’ordination au Christ-Tête lui-même.
L’autorité dans l’Église n’a pas à être répartie, car elle appartient au Christ, à sa vérité, à son être même. Il n’existe aucun conflit d'intérêt entre les membres de l’Église. Tous les laïcs, comme l’a rappelé saint Pierre, sont par leur baptême les membres d’un peuple de prêtres. Oui, quel que soit notre état de vie, que nous soyons hommes ou femmes, nous participons tous au sacerdoce commun des fidèles. Pour cela, nous offrons nos vies en union au sacrifice de la Croix. Toute vie chrétienne est donc une vie sacerdotale. Mais pour accomplir cette mission, nous avons un besoin vital que se perpétue la mission des apôtres qui, seuls, ont reçu le pouvoir d’actualiser le sacrifice de la Croix. La conclusion s’impose donc à nous sans appel : il n’est pas de vie chrétienne sans offrande de nous-mêmes. Pour cela, il nous faut la Messe. Et pour vivre la Messe, nous avons un urgent besoin de prêtres.
Dans le contexte actuel, l’urgence n’est pas de repenser le sacerdoce ou d’imaginer de nouveaux plans pastoraux dans lesquels les prêtres seraient absents. L’Église nous invite plutôt à raviver en nous notre émerveillement devant la beauté du ministère sacerdotal tel que Jésus l’a vécu et tant de saints à sa suite.
Tous les fidèles, et a fortiori les prêtres eux-mêmes, devraient comme le bon Curé d’Ars s’extasier devant ce don qu’est le sacerdoce. Saint Jean-Marie Vianney, cet homme pourtant si conscient de sa misère personnelle, devenait en effet d'une audace étonnante lorsqu’il parlait de sa mission de prêtre. Sa parole devenait alors ardente : « Si vous allez vous confesser à la sainte Vierge ou à un ange, vous absoudront-ils ? Vous donneront-ils le corps et le sang de Notre-Seigneur ? Non, répondait le bon Curé, la Sainte Vierge ne peut pas faire descendre son divin Fils dans l’hostie. Vous auriez deux cents anges qu’ils ne pourraient vous absoudre. Un prêtre, aussi simple qu’il soit, le peut. Il peut vous dire : Allez en paix, je vous pardonne. Oh ! Que le prêtre est quelque chose de grand ! […] Si on comprenait bien le prêtre sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d’amour. […] Le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur de Jésus. »
En ce dimanche, demandons au Seigneur la grâce de raviver en nous notre compréhension du sacerdoce. Que, par nos prières et nos sacrifices, nos prêtres soient saints, à l’image des Apôtres. Que ceux qui recevront l’ordination dans les prochaines semaines et que ceux qui s’y préparent saisissent davantage le mystère qui est confié à leur pauvreté. Et que la sainte Vierge, Mère des prêtres et des consacrés, mais aussi gardienne des premiers séminaires que sont les familles, nous bénisse et fasse de nous un peuple authentiquement sacerdotal, pour le salut des âmes.