Pas de tri sélectif pour l'évangile !
Homélie pour le 13e Dimanche du Temps ordinaire (année A)
Dimanche 28 juin 2026
A la suite de Jésus, proclamer des paroles dures et des paroles douces
Nous sommes à l’époque du tri sélectif. Celui-ci a du bon à bien des égards, mais on ne peut pas l’appliquer à l’Évangile. L’Évangile n’est pas un contrat d’assurance dont on choisit les clauses, selon qu’elles sont utiles ou avantageuses. L’Évangile n’est pas une grande surface, où l’on attrape les produits à bas prix, qui nous conviennent et ne nous coûtent pas trop cher. L’Évangile est à prendre tel qu’il nous est donné, et tout entier.
Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus nous donne des paroles très dures, et des paroles très douces. Les deux, en quelques phrases. Nous devons les prendre toutes. Jésus dit en effet : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. » Ne cherchons pas à atténuer ces paroles. Oui, l’amour de Notre Seigneur est supérieur à tout. Cela paraît dur. C’est l’Évangile. Et Jésus dit aussi : « Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » Comme c’est touchant, beau, plein de douceur. C’est aussi l’Évangile.
Aujourd’hui, l’Église poursuit la mission de Jésus. Elle doit prononcer des paroles dures, et des paroles douces.
Au vu de l’actualité, donnons deux exemples de sujets sur lesquels l’Église doit porter un jugement aujourd’hui.
Le premier est le respect de la vie. Nos députés examinent en ce moment une nouvelle fois le projet de loi sur l’euthanasie. Un projet de loi mortifère et menteur. Jean-Paul II avait écrit, dans l’encyclique L’Évangile de la vie qu’une telle loi n’a qu’une « tragique apparence de légalité », et trahit l’idéal démocratique dans ses fondements même : en effet, « comment peut-on parler encore de la dignité de toute personne humaine lorsqu'on se permet de tuer les plus faibles et les plus innocentes ? »1 Ainsi « lorsqu'une loi civile légitime l'avortement ou l'euthanasie, du fait même, elle cesse d'être une vraie loi civile, qui oblige moralement. »2 Et Jean-Paul II conclut : « Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience. »3 Donc, c’est très clair, si cette loi devait être votée, nous n’y obéirons pas à cette loi. Nous entraînerons à y désobéir, et nous soutiendrons ceux qui y désobéiront. Car « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29).
Par ailleurs ce projet de loi affirmait : « Est réputée décédée de mort naturelle la personne dont la mort résulte d’une aide à mourir… »4 Une « mort naturelle » ? Faire une piqûre à un malade pour lui injecter une substance létale serait une « mort naturelle » ? Il est difficile d’aller plus loin dans la manipulation des mots, le travestissement de la vérité, la négation de l’intelligence et la perversion des consciences. L’un des plus sûrs marqueurs du totalitarisme, c’est la manipulation des mots pour leur faire dire le contraire de ce qu’ils signifient. Nous y sommes. Cette expression a, heureusement, été rejetée hier, à trois voix de majorité… Car en réalité, ce n’est pas une mort naturelle, c’est un meurtre. Nous avons le devoir de le rappeler : des députés catholiques qui voteraient une telle loi n’auront plus accès à la communion eucharistique.
Mais rappelons aussi ces paroles douces : à tous les soignants qui se dévouent auprès des malades ; à tous les proches qui se donnent pour les accompagner dans leurs derniers moments ; à tous les hommes politiques courageux – et il y en a – qui défendent le caractère sacré de la vie humaine ; à tous les jeunes et les moins jeunes qui luttent sans se décourager pour la vie, l’Église rappelle cette parole de Jésus, si pleine de tendresse : vous les bénis de mon Père, « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
Abordons un second sujet, lui aussi grave et actuel. Dans trois jours, auront lieu à Écône, en Suisse, des ordinations épiscopales au sein de la Fraternité Saint Pie X. Cet acte est d’une extrême gravité, et coupe ses auteurs de la communion avec l’Église du Christ. Rien ne justifie de se couper de l’Église. C’est ce qu’a fait Luther. C’est ce qu’ont fait les auteurs d’hérésie et de schisme. C’est une très grave responsabilité devant Dieu que d’entraîner des âmes à s’éloigner de l’Église. Justifier une coupure avec l’Église par le salut des âmes est une contradiction. Mais de l’autre côté… Des baptisés et des membres éminents de la hiérarchie trahissent la foi et la morale de l’Église, et déchirent ainsi eux aussi l’unité du Corps du Christ. Car l’Église est une, sainte, catholique et apostolique. Prétendre diminuer les exigences de l’Évangile, ou même bénir des situations de péché au nom d’une « inclusion » évidemment contraire à l’Évangile, est aussi une atteinte très grave à l’unité de l’Église.
Mais rappelons aussi ces paroles douces : celui qui revient vers la maison du Père y est attendu et accueilli les bras ouverts, car l’Église aime ses enfants. Et pour elle aussi, comme pour Jésus, « il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15, 7).
Ici, notre Père fondateur a mis en garde pendant des années contre l’intégrisme et contre le progressisme, qui l’un et l’autre s’écartent de l’Église et en éloignent les âmes. À l’image de Jésus, il l’a fait avec énergie, sans jamais transiger quant à la foi et à la morale, et avec la bonté paternelle qui le caractérisait. Rappelons enfin ces paroles, vraies et douces, de Jean-Paul II : « L’erreur et le mal doivent toujours être condamnés et combattus ; mais l’homme qui tombe ou se trompe doit être compris et aimé. »5
Que Notre Dame des Neiges, en ce dimanche, nous donne la grâce d’aimer toujours plus l’Église. Même si nous souffrons de choses ou de personnes à l’intérieur de l’Église – et nous en savons quelque chose… – n’oublions jamais que l’Église est l’Église de Jésus. C’est seulement dans l’Église et par l’amour de l’Église que nous nous attacherons à Jésus, en qui « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps 84, 11).
Notes
1 Evangelium vitae, nº 20
2 Evangelium vitae, nº 72
3 Evangelium vitae, nº 73
4 Article 9, paragraphe 9 (https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b2915_texte-adopte-commission#D_Article_9)
5 Jean-Paul II, Discours à l’Action Catholique Italienne, 30 décembre 1978