De la nécessité de nous ancrer en Dieu
Homélie pour le 18e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Dimanche 2 août 2026
Levons les yeux !
En ce dimanche, la Parole de Dieu nous appelle à lever les yeux vers le ciel, à voir plus loin que ce que le monde nous propose sur cette terre. Et il nous faut noter que cet appel n’est pas une simple invitation. Il nous faut lever les yeux vers le ciel, vivre avec le ciel et ne pas nous laisser détourner de notre but par les multiples sirènes de ce monde. Ceci est nécessaire, c’est vital pour notre âme.
Aujourd’hui, en effet, nous sommes poussés à rechercher toujours plus de facilité, toujours plus de confort, au point que nous pouvons en arriver à une véritable dépendance de tout ce qui nous est mis à notre disposition et nous devenons alors complètement esclaves. L’exemple du téléphone portable avec toutes ses applications possibles et imaginables est particulièrement éloquent.
Ainsi, en ce dimanche, dans la première lecture, nous avons entendu cette interpellation qui nous rappelle que la première nourriture qui nous est essentielle est la nourriture de l’âme : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » Bien sûr, Notre Seigneur ne nous demande pas l’absurde, comme si nous devions arrêter de nous occuper de notre corps. Au contraire, l’Évangile de ce jour nous montre que Jésus est attentif au bien de nos corps. Mais il veut nous éduquer pour que nous comprenions que là n’est pas l’essentiel. Lorsque la foule retrouve Jésus après la multiplication des pains, Notre Seigneur les avertit : « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. »
Ainsi, au cœur de nos vacances, nous sommes pressés par la liturgie à rechercher les biens spirituels et à nous détacher des biens de ce monde qui trop souvent nous détournent de Dieu. Oui, soyons dociles à ce qui nous est enseigné ce matin : « Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. »
Alors, pourrions-nous dire, que faut-il faire pour ne pas nous laisser happer ? Comment veiller ? Deux choses sont nécessaires : reconnaître le danger et s’ancrer toujours plus en Dieu.
D’abord reconnaître le danger. Comme le disait le cardinal de Lubac :
« Que le sel se puisse s’affadir, l'Évangile nous le dit assez. Et si nous vivons […] à peu près tranquilles au milieu du monde, c’est peut-être que nous sommes tièdes. »1
Pourquoi pouvait-il dire cela ? Parce que Notre Seigneur lui-même nous a mis en garde : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. »
Ainsi, si Dieu n’est pas au cœur de nos vies, nous ne pouvons résister aux tentations du monde, et ses réalités éphémères et futiles deviennent alors importantes, sans que nous nous en rendions vraiment compte au premier abord. Et c’est alors finalement les valeurs elles-mêmes qui sont inversées au point que l’homme lui-même n’est plus reconnu selon sa dignité. Le cardinal de Lubac avait encore vu juste en analysant l’humanisme du monde sans Dieu. Il écrivait :
« Qu’est devenu l’homme de cet humanisme athée ? Un être que l’on ose plus appeler « être », une chose qui n’a plus de dedans… Rien n’empêche de l’utiliser comme un matériel ou comme un outil… rien n’empêche même de le rejeter comme inutilisable… En réalité il n’y a plus d’homme, parce qu’il n’y a plus rien au-dessus de l’homme… L’humanisme athée ne pouvait aboutir qu’à une faillite. L’homme n’est lui-même que parce que sa face est illuminée d’un rayon divin. »
Combien ceci éclaire ce que nous venons de vivre avec la légalisation de la loi horrible de l’euthanasie. Nous vivons dans une société paganisée qui méprise Dieu et ses lois, et par le fait même méprise l’homme. Alors veillons pour ne pas nous laisser séduire par ce matérialisme qui rampe sans faire de bruit et qui parvient à détourner de Dieu.
Il est donc plus que nécessaire de nous ancrer en Dieu ! Comme l’écrivait Mère Marie-Augusta à l’une de ses filles : « Il nous faut rester dans le monde, c’est sûr, mais il faut respirer du divin. » Et ce, même pendant les vacances ! C’est pourquoi, n’oublions pas nos temps de prières quotidiens, nos visites au Saint Sacrement qui est si souvent délaissé. Voyons aussi comment prévoir des temps forts, comme un pèlerinage ou une retraite qui nous permettent de faire le point sur notre vie. Et vivons intensément des sacrements. Ils sont les meilleurs antidotes contre Satan et l’esprit du monde. Oui, ne négligeons jamais notre messe dominicale, qu’aucun catholique ne devrait manquer ! Voyons si nous ne pouvons pas profiter de la messe même en semaine. Avant cette prochaine fête de l’Assomption, n’ayons pas peur de recourir au sacrement de la confession qui purifie notre âme et nous permet de retrouver la joie de communier si nous avions commis un péché grave. Les sacrements sont des dons précieux, vivons-en ! Et enfin, grandissons dans une affection filiale envers la Vierge Marie que nous allons fêter à plusieurs reprises en ce mois d’août. Combien elle désire veiller maternellement sur chacun de nous en ces temps qui sont durs pour tous. Dans les tribulations, les doutes, les découragements, la colère même, saint Bernard nous dirait : regardez l’étoile, invoquez Marie.
Oui, vivre ainsi nous amène des difficultés, des moqueries, voire des oppositions, et même des persécutions ! Mais qu’il est beau le passage de l’épître de saint Paul apôtre aux Romains que nous avons entendu dans la deuxième lecture : « qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. » Alors restons malgré tout dans cette joie de Dieu, car « si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? »
Références
1 Henri de Lubac, Méditations sur l’Église, Aubier, Paris, 1954, page 173