Il nous faut apprendre le style de Dieu
Homélie pour le 25e Dimanche du Temps ordinaire - Année A
Dimanche 20 septembre 2026
C’est un don gratuit et incroyable que de travailler à la vigne du Seigneur !
Nous venons d’entendre un passage de l’Évangile, qui certainement nous étonne, pour ne pas dire : nous scandalise.
En effet, nous concevons bien que la miséricorde de Dieu est infinie et que, comme nous l’avons vu dimanche dernier, nous avons tous bénéficié d’une remise de dette qui dépasse l’entendement. Nous nous émerveillons également devant la patience de Dieu et sa grande miséricorde pour les pécheurs. Quelle grâce donnée à Sainte Marie-Magdeleine, à saint Augustin et à tant d’autres dont nous faisons tous partie. Mais là, ce qui peut nous chagriner un peu, c’est que celui qui a travaillé à la vigne du Seigneur dès les débuts de sa vie, ne reçoit pas davantage que celui qui vient d’arriver. Est-ce vraiment de la justice ? Est-ce de la miséricorde ?
Nous avons eu une part de notre réponse dans la première lecture tirée du livre du prophète Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins… Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »
Il nous faut donc abandonner nos pensés pour penser selon Dieu, selon le style de Dieu, nous dirait Benoît XVI. En effet, aux jeunes à Cologne, en évoquant les Rois Mages arrivant à la crèche, Benoît XVI disait : « Dieu est différent – c'est cela qu’ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que, désormais, eux-mêmes doivent devenir différents, ils doivent apprendre le style de Dieu. »
Nous aussi nous devenons devenir différents et apprendre le style de Dieu. Pour cela il est bon de se replonger dans les Évangiles, et nous découvrons alors deux autres passages qui viennent éclairer la parabole que nous venons d’entendre.
Le premier est tiré du chapitre 17 de saint Luc :
« Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour” ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de serviteurs inutiles : nous n’avons fait que notre devoir.” »
Ainsi, si en voulant travailler à la vigne du Seigneur, nous le faisons pour recevoir un salaire en retour, nous ne connaissons pas le style de Dieu. Il faut réaliser que c’est un don gratuit et incroyable que de travailler à la vigne du Seigneur. Il a voulu avoir besoin de nous, il a voulu collaborer avec nous. Qui pourrait prétendre en avoir le droit et recevoir un salaire ?
Mère Marie Augusta nous mettait en garde devant cet orgueil dans la mission. Elle nous disait :
« Jésus veut se servir de nos cœurs comme de vils instruments pour faire l’œuvre de son Amour. Approfondissons bien le rien de ces instruments ; confions-nous entièrement à la miséricorde du Père et promettons bien du fond du cœur de ne jamais résister à ses demandes, si crucifiantes qu'elles paraissent »
et encore :
« La personnalité de l'apôtre de l'Amour ne doit pas avoir un certain genre d'attirance qui arrête à lui l'amour des hommes ; il doit agir comme l'ange qui, d'un signe mystérieux, montre la voie et disparaît. »
Alors peu importe le salaire des uns et des autres ! Qu’il est beau et grand de travailler à la vigne du Seigneur !
Un deuxième passage de l’Évangile peut nous aider en ce jour. Toujours dans l’Évangile selon saint Luc au chapitre 7 nous trouvons :
Jésus dit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? » Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison », lui dit Jésus. Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »
Ainsi, nous pouvons nous demander où se trouve l’amour des ouvriers de la première heure ? Ils récriminent contre le maître ! Ils ne comprennent pas l’amour. Et nous ? Avec la parabole de Jésus que nous venons d’entendre, nous sommes comme poussé à répondre à cette question : où en sommes-nous de notre amour de Jésus ?
Comment le savoir, pourrions-nous nous demander. En effet, notre amour de Dieu ne se mesure pas à ce que nous sentons, mais Notre Seigneur lui-même nous en a donné le critère : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » L’amour de Dieu ne va pas sans l’observance de la loi de Dieu.
Dans une semaine, notre pays aura la joie d’accueillir le successeur de Saint Pierre, celui qui, précisément, doit affermir notre foi.
Lors de sa prise de possession de la chaire du Latran, Benoît XVI avait rendu hommage à Saint Jean Paul II en disant :
« [Le Pape] ne doit pas proclamer ses propres idées, mais se soumettre constamment, ainsi que l’Église, à l'obéissance envers la Parole de Dieu, face à toutes les tentatives d'adaptation et d'appauvrissement, ainsi que face à tout opportunisme. C'est ce que fit le Pape Jean-Paul II lorsque, face à toutes les tentatives, apparemment bienveillantes envers l'homme, face aux interprétations erronées de la liberté, il souligna de manière catégorique l'inviolabilité de l'être humain, l'inviolabilité de la vie humaine de sa conception jusqu'à sa mort naturelle. La liberté de tuer n'est pas une véritable liberté, mais une tyrannie qui réduit l'être humain en esclavage. Le Pape est conscient d'être, dans ses grandes décisions, lié à la grande communauté de foi de tous les temps, aux interprétations faisant autorité qui sont apparues le long du chemin du pèlerinage de l’Église. »
Prions la Vierge Marie, Notre-Dame des Neiges pour ce prochain voyage apostolique de Léon XVI en France. Qu’il ait la force de rappeler avec courage, vérité et amour l’enseignement de l’Évangile, et que nous ayons la joie d’être affermis dans la foi !